La rencontre au CAP de Mons
C'est au cœur du CAP — Musée des Beaux-Arts de Mons, dans le décor sobre et habité de son exposition personnelle « Silence complice », que j'ai rencontré Rodrigue Delattre. Son travail plastique oscille constamment entre la peinture, le dessin, le design graphique et la photographie. Ensemble, ces médiums façonnent un univers fortement codifié, traversé de symboles contradictoires et de figures abstraites dont certaines parties anatomiques se trouvent littéralement emprisonnées ou dissimulées dans des grilles géométriques. Cette abstraction ne cherche en rien la neutralité décorative : elle efface l'individualité pour mieux donner à voir la peur, la souffrance et la part d'ombre de la condition humaine. En jouant sur la tension permanente entre des noirs géométriques profonds et des vides blancs, Rodrigue Delattre plonge délibérément le spectateur dans un état d'incertitude et de vertige visuel.
Ce portrait fait également parti de ma série "creative visions" disponible ici:

« Silence complice » : L'art comme acte de résistance
L'exposition « Silence complice » s'articule autour de quatre axes fondamentaux : la relation au savoir, à l'action, à la neutralité et à la reconstruction. À travers ce parcours, l'artiste interroge brutalement notre rapport aux mécanismes démocratiques et aux dérives autoritaires contemporaines. Refusant la résignation et le choix de « rester sans voix » face aux convulsions du monde actuel, il fait de la peinture — pour reprendre la formule de la Thanks Galerie qui le soutient — « un acte puissant de résistance ». Dans cet espace muséal où chaque œuvre agit comme une prise de position, la question d'une photographie elle-même engagée et politique prend tout son sens.

Le contexte de la séance : Capturer l'artiste au milieu de ses codes
La séance photo s'est déroulée dans le cadre même de son exposition au CAP, en parallèle de son entretien pour le média culturel septmille.be. Photographier un artiste de cette trempe dans son propre lieu d'exposition pose un défi particulier : comment dialoguer visuellement avec des œuvres aussi imposantes sans se faire absorber par elles ? Il y a toujours ce moment clé avant la première prise de vue — le temps de la discussion, de la mise en confiance, le moment précieux où l'artiste abandonne la posture pour laisser poindre sa vérité intérieure. Évoluer entre les grilles noires et les contrastes appuyés de ses toiles imposait de trouver une juste distance. Il ne s'agissait pas de faire une simple photo de presse ou une reproduction d'exposition, mais bien d'instaurer un échange visuel entre la rigueur de son univers plastique et sa présence physique.

L'intention photographique : Capter l'intensité de la retenue
C'est cette retenue, imbue d'une profonde intensité, que j'ai cherché à traduire dans son portrait. Pour faire écho aux thèmes de « Silence complice », le travail sur la lumière et le cadrage s'est concentré sur la sobriété et le contraste. En composant avec les lignes de force de la scénographie du CAP et la géométrie de ses œuvres, le portrait cherche à capturer le regard de l'homme qui refuse la neutralité. Face à l'austérité des formes et à la gravité des sujets abordés, le visage de Rodrigue Delattre devient le point d'ancrage humain de cette grille de lecture : l'incarnation d'une parole plastique qui refuse de se taire.
